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 [FLASHBACK] Dans l'antre du Boucher [pv Bill]

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MessageSujet: [FLASHBACK] Dans l'antre du Boucher [pv Bill]   Lun 17 Sep - 23:34

Jane évita un cheval et le chariot qu’il transportait d’un geste souple sur le côté. Elle remarqua à peine la couleur particulière du cheval, comment sa robe noire faisait ressortir la seule et unique marque blanche sur son poitrail. Elle marchait sans hésitation, dans cette rue bondée qu’était l’allée centrale ; une simple question d’habitude. Son pas était tranquille. Malgré toute la vie qui l’habitait, malgré toute cette énergie inépuisable, Jane était une enfant qui semblait prendre son temps pour accomplir certaines choses. Si elle ne restait pas en place, désireuse de tout faire et de tout voir, elle n’était par contre pas pressée. Elle leva sa petite main haut dans les airs, qu’elle remua pour saluer au passage un vieil homme assis sur une chaise. Il semblait que peu importe l’heure à laquelle Jane passait par là, cet homme y était. Une fois, elle avait même passé une bonne partie de sa journée, assise à côté de lui. Il y avait toujours beaucoup d’animation sur l’allée centrale, Jane comprenait pourquoi le vieil homme passait sa journée à regarder les gens défilés devant lui.

Les mains dans son dos, Jane avançait, amenant dans son sillage la bonne humeur qui la caractérisait. Seule la curiosité fut responsable de la direction que prirent ses pas, quittant la route principale. Elle regarda un moment la façade, avant de pénétrer dans l’antre du boucher. Ou de la bête, tout dépendant du point de vue. Évidemment, elle ne venait rien acheter. Jane prit le temps de tourner autour d’elle-même pour regarder l’endroit, elle n’y avait jamais mit les pieds avant. D’ailleurs, pour qu’elle raison l’aurait-elle fait ? Elle écarquilla les yeux lorsque son regard s’attarda sur ce qui ressemblait à un morceau de viande, et l’homme qui s’en occupait, son tablier tâché de sang. Elle s’approcha, regarda l’homme et osa commenter : « Ça n’a pas l’air très bon. Les gens vous en achètent vraiment ? » Il n’y avait aucune insolence dans sa voix ; elle posait une vrai question, et disait ce qu’elle pensait.

Elle renifla, alors qu’une odeur insistante planait dans l’air de cette pièce. Une odeur de sang frais lui parvenait. « Il y a beaucoup de sang. …Il y en a sur votre manche. » Jane faisait une simple remarque. Le sang ne l’effrayait pas particulièrement, même si elle n’aurait pas aimé en avoir sur ses propres vêtements. Déjà, la semaine passée, elle était revenue à la maison avec sa petite robe souillée de boue. Sa mère avait trouvé ça moins amusant qu’elle. Les vêtements du monsieur semblaient être dans un plus mauvais état que ce qu’elle portait alors. Le tablier surtout.


It's a fire in my heart, burning so fast, so strong. I still feel the heat, it is spreading inside of me. But this isn't a mere fire : it's rather a firework. I can barely breathe. I know that if I close my eyes, I could see it ; you know, how the light shines brightest in the dark. I feel it, it's love, joy, a white light of pure energy, warming me up. You're that light.
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Bill A. Poole

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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] Dans l'antre du Boucher [pv Bill]   Ven 21 Sep - 21:22

(je te rassure, je fais moins long d'habitude ^^)

Ce n'est que le matin, et pourtant la rue principale est déjà pleine de monde au moment où j'ouvre les volets de ma boutique. A l'est, le soleil rase encore les collines désertiques ; un vent frais souffle mais le ciel est limpide et l'herbe grille déjà. Nous sommes à peine au printemps et la chaleur s'installe petit à petit. Le manque d'eau se fera sentir cet été, surtout pour les petits éleveurs du coin... Si leur troupeau meurt de soif, ils seront bien obligés de venir m'acheter de la viande...
Tout à ces considérations, je termine d'ouvrir les volets avant de laisser la porte ouverte sur la rue, calée avec un tabouret, pour que l'air encore frais pénètre dans la pièce.

Les premières heures du matin sont toujours un moment d'affluence, surtout lorsque la température grimpe dans la journée. Ce sont les autres commerçants, qui passent avant d'ouvrir leur propre échoppe. Les vieux, du genre de ce James Howard, toujours posté comme un vautour sentinelle dans son rocking-chair face à la rue. Les bonnes femmes, qui préparent la pitance de leurs hommes avant d'aller se faire voir à l'église.
Quand vient le soir, c'est le tour des hommes. Les cow-boys, les voyageurs de passage, les cols-blancs. Ceux qui viennent plus tôt sont des pieds-tendres. Ou des bandits. En général, ceux-là ne reviennent pas. Je ne vends pas ma viande à n'importe qui !
Et en attendant, dans les heures les plus chaudes, j'ai tout le temps de travailler à ravitailler cette ville méprisable et grouillante.

Ce jour de mars n'échappe pas à cette sempiternelle règle de va et vient. Quelques vieilles viennent m'acheter une portion de steak, du mou pour leur chat ou d'autres âneries du genre. Elles ne font pas tourner ma boutique par leur argent mais elles colportent les nouvelles et notamment me font une réputation d'honnête marchand. Je n'en demande pas d'avantage.
Quand la dernière cliente repart, l'horloge de l'église sonne dix heures. Le soleil est déjà haut dans le ciel et écrase les ombres. À l'horizon, les nuages montent. L'orage éclatera dans l'après-midi.
J'ai tout le temps d'aller m'occuper de mes petits.

Trois agneaux bêlent tristement dans le corral derrière la boucherie. Ils ont l'air tellement maladroits sur leurs pattes grêles ! Ils ont encore de l'herbe verte jusqu'aux jarrets mais ils ne sont pas encore sevrés et ils restent bêtement à contempler la nourriture qu'ils ne peuvent manger. J'en empoigne un par la peau du cou avant de le caler sous mon bras. Il bêle avec plus de désespoir et ses deux frères l'accompagnent en chœur. Je l'attache par les pattes arrières à un gros crochet au-dessus d'un baquet. Pendant tout le temps de l'opération, il continue de se débattre. Le temps que j'affûte mes couteaux, je lis l'éclat de la peur la plus pure dans son regard. Je souris en promenant mes doigts sur sa gorge tendre et molle sous la laine. Les animaux ont parfois d'avantage conscience que les humains qu'ils vont mourir. Je pourrais prendre mon temps, le blesser longuement. Mais les abats d'agneau sont peu prisés et leur souffrance aigrit leur chair. Ma lame s'enfonce. Son sang ruisselle sur mes doigts avant de couler à flots dans le baquet. En quelques secondes, l'agnelet est réduit à une carcasse blanche et rouge oscillant au soleil. Il ne me reste plus qu'à le préparer.

Ma boutique est plongée dans la pénombre. Comme il fallait s'en douter, les nuages d'orage sont montés petit à petit jusqu'à plomber le ciel. Malgré la porte restée ouverte, la lumière peine à entrer pleinement. Qu'à cela ne tienne, je connais assez mon travail pour ne pas avoir besoin du plein jour. Le premier agneau est détaillé, le second a connu le même sort. Il ne me reste plus que ses gigots à débiter. Je m'installe dans la boutique, prêt à recevoir un éventuel client. De temps à autre, le dernier agneau fait encore entendre ses cris plaintifs, audibles de la boutique maintenant que je l'ai attaché juste à la porte du corral.
J'essuie d'un revers de main la sueur qui me perle aux tempes. La chaleur est étouffante, le vent est tombé. L'orage se prépare. Je tourne dos à la porte, vérifie le tranchant de mes hachoirs avant de poser le gigot entier sur une planche à découper et à le débiter. J'abats ma lame avec régularité, faisant apparaître dans la cuisse les tranches grasses et juteuses dont raffolent mes clients. La chair sanglante dominée par l'acier est un spectacle dont je ne peux pas me lasser...

- Ça n'a pas l'air très bon. Les gens vous en achètent vraiment ?

Je termine de tailler ma tranche de gigot, sans prendre la peine de me retourner. Avec cette petite voix, c'est un gosse. Je ne l'ai pas entendu entrer puisque la porte est déjà ouverte. Une chose est sûre, il ne sera pas venu pour rien. Je compte bien lui apprendre à tenir sa langue.

- Tu repenseras à cette question stupide la prochaine fois que tu mangeras un bon steak, je réplique froidement.

Je plante le hachoir dans la lourde table de bois avant de me retourner, poings sur les hanches.
C'est bien une gamine qui vient de parler. Je fronce les sourcils. Je ne déteste pas vraiment les gosses, mais ils m'agacent. Ils ne tiennent pas en place. Ils n'écoutent rien. Ils ne savent rien. Ils braillent. Beaucoup trouvent ça mignon. Moi, ça a tendance à me rendre violent. Je me rappelle très bien que Marguerite voulait des gosses. Pourquoi pas, je l'aurais sans doute engrossée si elle ne m'avait pas trahi. Mais ça n'aurait pas été par amour, pour cette espèce de mièvrerie stupide qu'ont la plupart des gens à l'égard des enfants.
Mais cette gosse-là a une tête qui me dit quelque chose...

Elle s'avance à petits pas dans la boucherie, le nez froncé. Son regard tombe sur le gigot, sur le hachoir puis sur moi. Elle me détaille des pieds à la tête, haussant des sourcils à la vue du sang qui trempe mon tablier.

- Il y a beaucoup de sang...et il y en a sur votre manche, dit-elle finalement, en pointant du doigt ma chemise.

Je baisse les yeux un instant. Je retrousse toujours mes manches mais effectivement, dans l'agitation de l'abattage, l'une des deux est retombée et s'est imbibée de sang. De l'autre côté, il sèche en larges taches brunes jusqu'au coude. Je ne m'en aperçois même plus. Je reporte mon attention sur la gamine, plongeant mon regard dans le sien.
Comment ai-je pu ne pas la reconnaître ?
Jane Brown, la fille de la catin Emily Brown.
L'inconnue dans l'équation.
Elle sait peut-être...

- Quoi de plus normal, pour un boucher ? À quoi est-ce que tu pouvais bien t'attendre ?

Je m'approche d'un autre pas, les mains toujours plantées à la taille, jusque au-dessus de la ceinture de cuir supportant mes couteaux. Sa tête la dépasse à peine.

- Bon, qu'est-ce que tu veux ? je grommelle en essayant d'avoir un ton moins mordant.

Au-dehors, des gouttes de pluie commencent à tomber. Leur claquement, sur l'auvent d'ardoises, est le seul bruit dans la boutique. Avec la course lointaine des passants allant s'abriter. Et les bêlements de l'agneau.




The Butcher's Theme

"Et voici, parut un cheval d'une couleur pâle.
Celui qui le montait se nommait la Mort, et le séjour des morts l'accompagnait.
Le pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre,
Pour faire périr les hommes par le glaive, la famine et la peste."


Apocalypse selon Jean
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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] Dans l'antre du Boucher [pv Bill]   Sam 22 Sep - 3:49

- Tu repenseras à cette question stupide la prochaine fois que tu mangeras un bon steak.

Il aurait peut-être été judicieux pour la petite fille de partir, après la froide réplique que lui envoya le boucher. Mais Jane ne faisait pas toujours des choix judicieux. Et puis, que l’on puisse porter en soi tant de malfaisance lui échappait complètement ; ce concept, elle le laissait aux adultes. Viendrait assez tôt le moment où elle tomberait de son innocence ; le moment où cette insouciance typiquement enfantine s’envolerait sous une légère mais pénible brise provenant de Saint Elmo, et où elle réaliserait que les gens ne sont pas tels que l’on se le figure ou qu’il nous laisse le supposer. Non, Bill le boucher, avec sa froide réplique, ne la démonta pas. De toute manière, et sa mère pouvait le témoigner, Jane avait l’affreuse tendance à, non seulement s’immiscer dans la vie des gens sans leur consentement, mais à leur tenir tête.

« Encore faudra t-il qu’il soit bon. Ce qui n’a pas encore été prouvé. »


On ne pouvait pas réellement lui en vouloir d’être ce qu’elle était. Et puis, n’était-elle pas craquante à faire preuve de tant de sérieux ? Elle avait probablement l’âge de se permettre de parler ainsi à un homme, on permettait et pardonnait facilement à un enfant. Sa mère aurait de quoi soupirer, en se demandant quel genre de femme Jane deviendrait. Elle promettait bien des soucis dans l’avenir. Jane contempla à nouveau l’énorme hachoir ; comme ce pouvait être impressionnant ! L’homme aussi avait de quoi impressionner, mais le sang sur ses vêtements y était peut-être pour beaucoup.

- Quoi de plus normal, pour un boucher ? À quoi est-ce que tu pouvais bien t'attendre ?


Un sourire se dessina enfin sur son visage. Son premier depuis qu’elle était entrée dans la boucherie. Elle haussa les épaules signifiant qu’elle ne s’était pas attendue à grand-chose. Elle était tout simplement entrée. Elle devait lever la tête, pour pouvoir le regarder.

- Bon, qu'est-ce que tu veux ?

Il serait déçu d’entendre la réponse. Elle ne voulait rien. Qu’est-ce qu’une petite fille de cet âge pouvait bien vouloir ? Découvrir, s’amuser, tuer le temps. Sa mère était souvent occupée, il arrivait que Jane soit laissée à elle-même. Elle ne s’en plaignait pas. De toute manière, Jane ne se plaignait jamais.

« Je me suis rendue compte que je n’avais jamais mis les pieds ici ! », s’exclama la petite fille avec un enthousiasme non feint.

Il y avait plusieurs bruits dans la salle. Les gouttes d’eau. Cependant, la pluie ne l’empêcherait pas de sortir, si elle décidait qu’elle avait vu tout ce qu’il y avait à voir en ce lieu. Mais il y avait un autre bruit, insistant, auquel elle n’avait pas fait attention auparavant. Perplexe, elle demanda, sans réfléchir : « Vous avez des animaux ? » Mais elle se rendit compte de la stupidité de sa question et, lorsque ses yeux s’abaissèrent aussitôt sur la ceinture de cuir du boucher, puis sur la viande et le hachoir, elle laissa échapper un : « Oh… », peu enthousiaste celui-là. Oh, évidemment. Jane n’était pas stupide, elle savait d’où provenait la viande, elle n’allait pas critiquer, n’en ferait pas une montagne, les choses étaient ainsi faites, c’était correct. Elle releva la tête, et son ton se fit désapprobateur : « Vous en avez peut-être rien à faire, mais j’ai l’impression qu’il a peur. C’est peut-être la pluie. » Hypothèse très innocente, mais Jane ignorait que le boucher avait fait la peau à ses deux frères, et que l’animal était attaché, attendant son sort, car il était le prochain sur la liste. Il bêlait parce qu’il le savait. C’était ce que Jane n’appréciait pas. Le boucher pouvait faire ce qu’il voulait de ses animaux, découper sa viande comme bon lui semblait, et les fermiers de même, mais il n’allait tout de même pas le laisser pousser ses affreux petits cris pendant qu’elle était encore dans le magasin ?


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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] Dans l'antre du Boucher [pv Bill]   Sam 22 Sep - 21:50

La gamine n'a décidément pas la langue dans sa poche. Un autre jour, un autre gosse aurait récolté une gifle pour la remarque qu'elle me sert sans ciller. Et il aurait pu s'en estimer heureux de s'en tirer à si bon compte. Au lieu de cela, je continue de la toiser un moment, refrénant ma colère. Ce n'est pas que j'aie envie de sympathiser avec une mioche, encore moins de m'attendrir sur cet air posé et fier qu'elle arbore, toute contente de sa repartie aux fausses tournures de phrases adultes. Oui, elle peut s'estimer heureuse. Que je n'aie pas trop de travail. Que je sois de relative bonne humeur. Et qu'elle soit le sujet même d'une interrogation qui me trotte dans la tête depuis un moment. Sinon, m'est avis qu'elle n'aurait pas retenté une nouvelle visite.

Si encore elle était venue m'acheter de la viande ! Beaucoup d'habitants mandent leurs mioches pour faire les courses à leur place et les catins du Green House comptent parmi mes clientes. Mais non. Comme je m'en doutais un peu, il n'y a pas une poche dans sa robe de toile bise pour ramasser le moindre cent et elle ne vient pas passer la moindre commande. Elle me fixe avec ingénuité en affirmant sans rougir qu'elle vient tout simplement visiter.
Je lève les yeux au ciel. De mieux en mieux ! Comme si je n'avais que ça à faire, recevoir des gosses pour le plaisir ! Ma boutique est ouverte à tous, mais on y vient pour acheter, pas pour faire un brin de causette comme la plupart des bonnes femmes dans les autres échoppes – chez la Dickens par exemple. Et encore moins pour le tourisme. Qui aurait envie de s'attarder de toute façon, en dehors de ceux avec qui j'ai affaire ? Le commun des mortels n'apprécie pas l'odeur du sang et la vue de la viande sanguinolente.
Ça n'a pas l'air d'être le cas de ce petit bout de fillette, dont le regard furette à peu près n'importe où avec une curiosité dévorante. C'en est même surprenant, d'ailleurs. La plupart des gosses de son âge m'évitent, leurs parents leur ayant peint un tableau assez sombre et plaisant de ma personne. Et je me doute qu'Emily Brown ne doit pas parler de moi en termes élogieux. Malgré cela, elle reste. Et je devine qu'à moins de la sortir de là à bons coups de taloche dans le derrière, elle restera jusqu'à être rassasiée du spectacle.
Je me retourne avant de reprendre mon hachoir et de terminer de découper le gigot. Les adultes sont plus compliqués que les enfants, mais bizarrement je sais mieux amadouer les premiers que les seconds. Question d'âge, sans doute. Quand la gosse en aura marre de traîner dans le coin, elle repartira comme elle est venue. Peut-être que l'occasion de discuter se présentera une autre fois...

C'est le moment que choisit l'agneau pour bêler encore. Aussitôt, la question de Jane fuse, encore plus stupide que la première. Elle s'en rend compte au moment où je me retourne de nouveau, le gigot complètement débité cette fois. Elle fronce le nez, déçue, tout en essayant d'apercevoir l'agneau par la porte donnant sur l'arrière-boutique.

-Vous en avez peut-être rien à faire, mais j’ai l’impression qu’il a peur. C’est peut-être la pluie. dit-elle finalement, non sans me lancer un regard sombre.

Décidément, je ne sais pas si cette gamine m'agace ou si elle me divertit. Au final, sa remarque presque moralisatrice me fait éclater d'un rire grinçant.

- Bien sûr qu'il a peur ! Mais pas de la pluie, les bêtes vivent dehors après tout. Va donc le consoler si ses cris t'attristent ! Tu sauras peut-être mieux que moi calmer ses angoisses...

Sans attendre une réponse de la fillette, j'essuie le billot du revers de mon tablier avant de porter les tranches de gigot dans l'arrière-boutique, derrière l'étal. Il y fait encore plus sombre que dans la pièce principale : je finis par allumer une lampe à pétrole avant de la poser sur une table au bois incrusté de sang séché année après année. La lumière lance des lueurs hésitantes sur les instruments les plus lourds, maillets et hachoirs, qui me servent à l'abattage. Sous le haut plafond, on distingue à peine les saucisses qui sèchent dans le courant d'air. Dans un coin, un curieux crâne de veau janus contemple la pièce.

Spoiler:
 

Les peaux des deux autres agneaux sont étalées sur une des tables, écarlates et suintantes d'un côté, d'une blancheur crémeuse de l'autre. Attaché non loin, le dernier agnelet tourne autour de son attache, nerveux et effrayé. Il sait que bientôt, ce sera son tour. L'odeur lourde du sang n'est sans doute pas pour le rassurer non plus : le parfum salé et ferrugineux s'élève du baquet encore plein sous le crochet où les agneaux ont été suspendus. Dans la pénombre, il ferait penser à une demi barrique ouverte sur un vin capiteux. J'y plonge un doigt. Le sang est épais, visqueux et grumeleux comme du caillé ; dans quelques heures, il aura coagulé et sera pénible à nettoyer. Je porte mon doigt à mes lèvres, machinalement. Ce sang poisseux a un goût plus fort, plus métallique et âpre que le sang rouge et frais qui sourd d'une blessure, il a le goût et l'amertume de la mort.
Je vide un seau d'eau dans le baquet avant de le saisir par une poignée et de le retourner. Le sang mêlé à l'eau se déverse à flots sur le sol, dans une rigole creusée à même la terre battue, avant de s'épandre le long du paddock. Déjà, la pluie le dilue et la terre meuble et assoiffée s'en gorgera. Dans une poignée d'heures, tout sera aussi propre qu'avant. Il ne me reste plus qu'à récurer grossièrement le baquet en attendant que le sang frais du dernier agneau y coule.
Au moment où je termine mon nettoyage sommaire, l'agneau a arrêté de bêler.




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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] Dans l'antre du Boucher [pv Bill]   Dim 23 Sep - 21:15

Cet homme était étrange. Elle ne savait pas si elle l’appréciait. Il avait des airs bourrus. Mais peut-être fallait-il l’être un peu pour supporter d’éviscérer des animaux tous les jours. Et elle-même n’était pas irréprochable : elle était prétentieuse de débarquer sans s’annoncer en commentant ce qui lui tombait sous les yeux. Cet endroit n’était pas très beau. Il avait un arrière goût de sang. L’écurie avait une meilleure odeur. Mais Jane était tant occupée à tout regarder, qu’elle l’oubliait facilement. Tout comme elle oubliait d’autre chose qui lui semblait anodine ; la petite fille se rappelait vaguement qu’on lui ait interdit de mettre les pieds ici, sans trop se rappeler pourquoi. Peut-être à cause de la mort qui planait. Ça avait un petit côté morbide de regarder le boucher glisser sa lame dans la tendre chair gorgée de sang. Elle ne verrait plus jamais la viande de la même manière.

Mais pour aujourd’hui, c’était l’animal bêlant qu’elle essayait de voir, en vain. Et le boucher lui retira ses innocentes illusions dans un rire qu’elle ne cru pas apprécier. Si l’animal n’avait pas peur de la pluie, elle réalisa qu’il ne pouvait y avoir qu’une autre source de peur : la lame du boucher. Elle fit une petite moue désapprobatrice et le regarda s’éloigner dans l’arrière boutique. Après un court instant de réticence, Jane dépassa l’étal.

S’il y avait des endroits dans le monde où sa mère ne l’aurait jamais autorisé à mettre les pieds, l’arrière boutique en faisait certainement partie. Il y faisait sombre, et Jane eut la brève impression de s’engouffrer dans les ténèbres. Sauf que les ténèbres ne possédaient pas de lumière, et il y en avait une qui brillait dans l’arrière boutique et diffusait une lueur. D’abord, elle eut le souffle coupé par l’odeur qui flottait dans cette pièce, davantage que dans la pièce principale. Puis, les grands yeux de Jane se promenèrent. Les lourds instruments ne lui procurèrent aucune chaleur susceptible de la réchauffer dans cet endroit embaumant le sang, et où la mort, sous forme de peau d’agneau, était étalé. Mais pourtant, il n’y avait aucune peur dans l’esprit de Jane. Seulement un mélange entre stupéfaction et fascination.

Elle préféra ne faire aucun commentaire. D’ailleurs, les mots moururent dans sa bouche lorsqu’elle se retrouva face à un crâne à deux visages, déposé dans un coin pour qu’il embrasse du regard toute cette pièce. Quelle étrange décoration, et pourtant. Sa mère n’aurait certainement jamais voulu qu’elle ait un truc pareil à la maison. Elle se demanda où Bill l’avait trouvé, et pourquoi il l’avait conservé, ce qu’il représentait exactement. Elle se détacha de se spectacle, et ses petites jambes l’entraînèrent vers les portes doubles menant à l’extérieur.

L’animal était attaché près de ses portes. La présence de Jane ne le rassura pas, il bêla de plus belle. La petite chuchota, tentant de rassurer l’animal qui se débattait avec son attache. Elle tendit une main devant elle, s’approcha doucement et en vint finalement à s’asseoir à même le sol. Il ne se calma véritablement que quelques minutes plus tard, après qu’il eut réalisé que Jane ne lui voulait aucun mal et que ses caresses étaient empreintes de bonté. « Comme tu es beau ! » Beau, mais néanmoins nerveux. « Tout doux, ça va. » Même si elle savait que ce ne serait pas le cas pour l’animal. Elle aurait pu rester là longtemps, faisant fi du reste.


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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] Dans l'antre du Boucher [pv Bill]   Lun 24 Sep - 21:03

Comme je m'y attendais, la gamine m'a suivi. Il n'y a vraiment que les enfants pour se permettre une telle audace ! Aucune personne sensée n'aurait pénétré ainsi dans mon atelier, par peur d'y voir confirmer ses pires cauchemars. Et tout simplement parce que je l'aurais chassé – si par chance il s'en tirait vivant.
Pourquoi je tolère cette gosse m'échappe un peu. Après avoir admiré le bric-à-brac ordonné et sanglant de l'arrière-boutique, je doute que toute tentative de nouer un lien avec elle soit réalisable. Le bon sens voudrait que je la mette dehors dans la minute mais je ne le fais pas. Je suis trop occupé par mon travail de toute façon, pour me soucier réellement de sa présence. Tant qu'elle ne traîne pas dans mes pattes, elle peut bien cajoler l'agneau encore quelques minutes.

D'ailleurs, ça fait un moment qu'elle n'a pas lancé une de ses petites phrases idiotes dont elle me rebat les oreilles depuis qu'elle a mis les pieds chez moi. Je me redresse, frotte la brosse en chiendent qui m'a servi à nettoyer le baquet contre une pierre dans le sol, pour décoller les caillots collés. Elle s'est arrêtée à mi-chemin, le regard fixé sur le crâne de veau difforme.

- Tu vois, la Nature produit elle-même des monstres, je lance tout en pendant la brosse à un clou.

La gamine s'approche de l'agneau, s'assoit près de lui contre le chambranle de la porte, à la limite du rideau de pluie, et se met à le caresser en lui parlant doucement. Je ne peux m'empêcher de ricaner à ce pitoyable spectacle : la gosse assise, l'agneau dans ses bras, flattant sa toison mouillée. Alors qu'il sera mort dans les prochaines minutes. Et que, comme tout un chacun, je suis sûr qu'elle aime manger du gigot.
Je n'ai jamais compris cette espèce d'égard, d'affection qu'on certaines personnes envers les animaux. Ce ne sont que des bêtes, après tout. Destinées à nous servir ou à nous nourrir. Il est déjà bien difficile de trouver à s'attacher avec les hommes, pourquoi s'enticher des bestioles ? Ce n'est qu'une forme de faiblesse. De la bêtise. De la connerie de cul-béni. Il n'y a guère que chez les gosses que ça peut se pardonner. Et encore. Celle-là a l'âge d'apprendre ce genre de choses. On ne dit pas, après tout, que sept ans est l'âge de raison ? Au lieu de ça, elle reste à câliner l'agneau comme une vulgaire poupée... Je me demande bien ce que sa mère peut lui fourrer dans la tête. Enfin, c'est une catin, après tout. Elle vit entourée de femmes qui passent leurs nuits à faire la culbute avec des ivrognes. Pas étonnant qu'elle soit aussi agaçante.

Tout en me faisant ces réflexions, je détache un couteau à double tranchant, sort une pierre de ma poche et commence à en affiner le tranchant. Que cela lui plaise ou non, l'agneau sera le prochain dans les minutes qui vont venir.
Dehors, la pluie gagne encore en intensité. Un éclair illumine brièvement tout l'atelier dans un vacarme assourdissant. La lampe-tempête tangue sous la bourrasque, faisant danser les ombres. Si encore la pluie apportait de la fraîcheur... Mais non.

En revanche, l'orage attire un autre visiteur, moins pénible celui-là : Moon. Avec ses postérieurs entravés, il avance avec lenteur et maladresse mais il en a l'habitude. D'habitude, il occupe le paddock quand je n'ai pas d'animaux à tuer. Sinon, je l'entrave et je le laisse se promener. De toute façon, il ne va jamais loin : soit il broute sur la plaine derrière mon terrain, soit il reste à l'ombre de l'arrière-boutique. Je ne sais pas si ce cheval est complètement cinglé ou si cela vient du fait que je l'ai eu tout petit : il ne s'éloigne jamais. Je l'appelle, il vient. L'odeur de la mort ne le dérange pas. Il n'a rien d'un cheval de luxe mais il court vite et il sait tirer une charrette, je n'en demande pas plus. Moon passe la porte, la tête basse, et s'arrête sur la large place de terre battue où j'attache les plus grosses bêtes avant de les tuer. Son poil pommelé ruisselle. Il s'ébroue, éclaboussant mon plan de travail et les peaux de mouton.

- Moon, nom de Dieu ! Dégage de là !

Du revers de la main, je lui donne une petite claque sur les naseaux. Il renâcle, recule et finit par aller prendre sa place : dans la paille, derrière le bas-flanc que j'ai construit dans un coin de l'atelier et qui lui sert de stalle.
A l'entrée, la gamine câline toujours l'agneau. Je détache la corde qui le liait à la porte avant de l'attirer vers moi. Il se remet à bêler, effrayé. Il y a de quoi, mon petit ! En même temps, je fourre un seau dans les bras de Jane.

- Puisque tu es là, va chercher du son d'avoine pour Moon.

Je fais un vague geste de la main en direction de l'échelle menant au faux grenier où je pends mes saucisses.
De l'autre main, je soulève l'agneau, le cale sous mon bras. Et attache ses pattes arrière au crochet où ses frères sont passés il y a quelques heures.

(les paroles en italique sont dites en français par Bill, il a vécu en Louisiane)




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"Et voici, parut un cheval d'une couleur pâle.
Celui qui le montait se nommait la Mort, et le séjour des morts l'accompagnait.
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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] Dans l'antre du Boucher [pv Bill]   Mar 2 Oct - 3:36

(sorry, de la difficulté à poster ses derniers jours!)

- Tu vois, la Nature produit elle-même des monstres.

Jane n’aurait jamais douté que quelque chose comme ça pouvait exister. Il n’y avait rien de tel dans les livres de Jefferson. Ou du moins s’il y avait, elle n’était pas encore tombée sur la page en question. Sa mère devait venir voir ça. Quoi que… non, tout compte fait, mieux valait que sa mère ignore qu’elle soit venu ici. Jane n’était pas du genre à cacher des choses à sa mère, mais quelque chose lui disait qu’elle ne devrait peut-être pas se trouver ici. Bien que cela ne l’empêchait en rien.

Jane avait bien atteint l’âge de raison. Elle était tournée vers le monde extérieure, prête à tout apprendre, voulant tout comprendre, débordant d’une grande curiosité. Pour certain, ce pouvait être pénible, car elle posait trop de question et s’immisçait un peu partout. Mais c’était une marque d’intelligence.

Elle aimait les animaux, on ne pourrait jamais le lui enlever. Et elle savait, avec une connaissance aigue, que l’agneau qu’elle tenait dans ses mains et cajolait allait mourir dans les minutes à suivre. Elle pouvait entendre la lame que le boucher affûtait, et elle n’était pas stupide.

Une autre surprise vint sous la forme d’un cheval. Elle les aimait, eux aussi. D’ailleurs, elle passait beaucoup de temps à l’écurie. Cette petite fille avait bien trop de temps à elle. Mais elle devait bien s’occuper. Jane se tourna un peu pour le regarder et rit en recevant quelques gouttes de pluie, gracieuseté du cheval lorsqu’il s’ébroua. « Vous parlez bizarrement », commenta t-elle lorsqu’il utilisa des mots français qu’elle ne comprit pas.

La brebis s’agita à nouveau. Bill venait réclamer son dû. Jane le devança, se levant avec son lourd paquet. Elle défia l’homme du regard de lui retirer l’animal. Puis, relevant la tête, elle l’apporta elle-même. Elle n’était pas une pauvre petite fille innocente. L’animal fut troqué contre un seau vide. Jane n’apprécia pas tellement de se faire donner un ordre, mais elle n’aurait pas dit non pour nourrir le cheval. C’est donc de meilleur mine qu’elle alla chercher l’avoine. Et puis, mieux valait être ailleurs pendant que le boucher faisait son œuvre. Oui, mieux valait être ailleurs, car il y avait une différence notoire en savoir et voir.

Que se soit fait de manière intentionnelle ou non, la petite fille resta un moment en hauteur. En redescendant péniblement avec son seau remplit, elle fit mine d’ignorer la nouvelle odeur de sang, et se dirigea directement vers le cheval. Elle fit un peu connaissance avec l’animal, tendant sa main devant elle puis qu’il puisse la sentir, le flattant quelques courtes secondes. Puis, Jane lui donna le seau, et elle le regarda sagement manger.


It's a fire in my heart, burning so fast, so strong. I still feel the heat, it is spreading inside of me. But this isn't a mere fire : it's rather a firework. I can barely breathe. I know that if I close my eyes, I could see it ; you know, how the light shines brightest in the dark. I feel it, it's love, joy, a white light of pure energy, warming me up. You're that light.
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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] Dans l'antre du Boucher [pv Bill]   Dim 7 Oct - 20:17

La gamine me lance un regard noir après que je lui aie fourré le seau dans les bras. Elle a cependant la bonne idée de ne rien dire. Sinon, elle aurait pris une raclée qui aurait inscrit un chapitre mémorable dans l'histoire de sa courte vie de gosse mal élevée. Au moment où je pends l'agneau, je l'entends monter à toute vitesse dans le faux grenier et fouiller dans le sac de son d'avoine. Je ricane devant tant d'empressement. J'aurais préféré qu'elle assiste à la fin de l'agneau qui a recommencé à gémir tristement. Cela aurait été une leçon profitable.

J'attrape l'agneau par le cou, juste derrière la tête. Il se débat violemment, faisant tinter le esse contre le bois noirci par les ans. Mais ma poigne est sans appel et il peut s'agiter, cela ne changera rien à son châtiment. Mon couteau glisse le long de sa mâchoire et s'enfonce dans la chair tendre, l'égorgeant d'une oreille à l'autre. Son sang s'échappe dans une flopée de bulles, son corps tressaute inutilement pendant que je continue à le maintenir au-dessus du baquet et enfin, il s'immobilise. Le liquide rouge continue de ruisseler doucement sur sa toison blanche jusque dans le récipient, son clapotis se mêlant aux bruits de l'averse qui ne cesse pas au-dehors.
Beaucoup de bouchers tuent l'animal avant de le saigner. À moins que la bête ne soit grosse, c'est une pratique inutile. Égorger un animal vivant le vide bien mieux de son sang, donnant un meilleur goût à sa chair. Et cela rend l'exercice plus...intéressant.
En quelques coups de couteau, j'entaille la peau de l'agneau aux postérieurs avant de tirer vers le bas. Sa toison se détache de sa chair fine avec un bruit de tissu déchiré avant d'aller rejoindre les deux autres peaux qui attendent dans un coin.
Je me retourne. La gamine est redescendue et regarde Moon manger avidement son avoine tout en lui grattant le front. Je me rappelle que j'ai pensé à m'attirer la sympathie de Jane pour lui tirer les vers du nez. J'hausse les épaules. Il serait probablement plus facile de délier la langue de sa mère que de m'enticher de cette gamine. Pourtant, les enfants ont toujours des mots lâchés malencontreusement qui pourraient bien ne pas tomber dans l'oreille d'un sourd...

- Dis-moi, il n'y a donc personne pour s'occuper de toi après ta mère ? Une gamine de ton âge devrait aller à l'école, non ?

Même si je connais d'avance la réponse... Je ne suis pas sûr que Jane sache lire, ni même si elle a tenu un jour ce qui pourrait ressembler à un livre. Je n'ai pas envie de jouer les maîtres d'école, mais il me faut un prétexte pour la faire revenir et pouvoir la questionner.

- Enfin, il n'y a pas forcément besoin de savoir lire pour apprendre... Il suffit de savoir observer. Comme le Doc.

D'un geste, j'ouvre la panse de l'agneau, dévoilant ses organes luisants. Je me rappelle bien comment Bucker vient pour travailler sur mes carcasses, les heures qu'il passe à observer, découper finement les chairs et noter frénétiquement dans ses carnets. Je ne sais pas si cela lui sert à prendre soin de ses patients, mais il apprend plus sûrement dans les entrailles mortes que dans ses bouquins poussiéreux pleins de schémas en latin.
C'est une dernière tentative pour captiver, peut-être, l'attention de la gamine. Je n'ai pas la patience de trouver d'autre ruse.

(désolé, je manque aussi un peu d'idées en ce moment ^^)




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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] Dans l'antre du Boucher [pv Bill]   Ven 12 Oct - 0:00

Tant de couteaux affûtés et de sang frais dans une seule pièce… Jane crut se rappeler pourquoi elle ne devait pas mettre les pieds ici. Elle préféra oublier le bruit de l’agneau qu’elle entendait en fond sonore et se concentrer sur des aspects plus positifs. Elle qui était friande de nouvelles connaissances et d’expériences, elle ne pouvait pas dire qu’elle n’expérimentait rien de nouveaux. Un des points positifs était le cheval. Jane adorait les chevaux, elle aurait pu passer des heures à côté de celui-ci. Il l’empêchait d’ailleurs de voir ce que le boucher faisait de la brebis, désormais morte.

- Dis-moi, il n'y a donc personne pour s'occuper de toi après ta mère ? Une gamine de ton âge devrait aller à l'école, non ?

La traiter de gamine était probablement une mauvaise idée. Même si dans les faits elle en était une, elle détestait qu’on l’appelle ainsi. Elle préféra mettre doucement les points sur les i et dit d’un ton calme mais ferme : « Je ne suis pas une gamine. » Mais la question de Bill était légitime et, ce point là réglé, cela ne lui dérangea pas de répondre, dans un haussement d’épaule : « J'ai appris à m’occuper seule. Parfois Dolores passe à la maison. » Elle ne pensa pas préciser qui était Dolores, comme si c’était évident que tout le monde la connaissait.

- Enfin, il n'y a pas forcément besoin de savoir lire pour apprendre... Il suffit de savoir observer. Comme le Doc.

Jane jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, et vit Bill manier son couteau d’une main habile. Elle regarda la scène un peu plus longtemps qu’il était certainement permit à une jeune fille de son âge, avant de reporter son attention sur le cheval. Elle eut l'air de réfléchir. « Monsieur Jefferson a des tonnes de livres. Je sais lire, mais je ne comprends pas toujours ce qu’il y est écrit. Que veux dire... Amputer ? »


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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] Dans l'antre du Boucher [pv Bill]   Ven 12 Oct - 21:43

D'une main, je sors les tripes de l'agneau avant de les laisser tomber dans un seau. Par-dessus le bruit mou des chairs mortes, Jane regimbe. Je laisse échapper un grognement de mépris en soufflant un rond de fumée. Il y a des corrections qui se perdent et si je n'avais pas à lui tirer les vers du nez, je me serais empressé de lui apprendre la politesse. Quelle femme cette fille donnera plus tard ? Une fille facile, une écervelée comme sa mère ? Les fillettes et les jeunes filles ont besoin d'un homme pour les mettre sur le droit chemin. Pas étonnant qu'adultes, elles ne donnent que des idiotes incapables.

- J'ai appris à m'occuper seule. Parfois, Dolores passe à la maison.

Si c'est bien à la même Dolores que je pense, ce n'est qu'une catin de plus... À ce train-là, la gosse n'ira pas loin. Quel environnement : rien que des femelles qui passent leurs nuits à satisfaire des poivrots. Je n'ai peut-être pas eu une vie aussi insouciante que la sienne, mais au moins j'ai du plomb dans la cervelle et je sais tirer mon épingle du jeu. Que deviendra-t-elle, élevée par des femmes dans un bordel ? Ce n'est pas que son sort m'intéresse, mais il y en a tant d'autres comme elle... Où ira le pays avec un tel ramassis d'irresponsables ?...
Mais il y a une chose que je ne peux lui retirer : elle a de la ressource. Sans doute beaucoup de naïveté, mais aussi une forme de réflexion. Dommage qu'elle ne la fasse pas aller dans le bon sens.

Pendant un moment, elle reste muette. À part le sifflement de la lame dans la viande et la pluie qui continue à tambouriner sur le toit, l'atelier est silencieux. Tout juste peut-on entendre Moon mâcher son avoine tranquillement. À la lumière de la lampe-tempête, je détache les organes un à un, séparant les abats nobles que je vendrai, de ceux moins bons, qui serviront de pâtée ou d'appât.

« Monsieur Jefferson a des tonnes de livres. Je sais lire, mais je ne comprends pas toujours ce qu’il y est écrit. Que veux dire... Amputer ? »

Je lève le regard de mon travail, vaguement surpris. Étonné qu'elle sache lire, déjà. Qui a pu lui apprendre ? Son père ? Difficilement pensable. Peut-être qu'Emily a suffisamment économisé pour lui payer quelques études. Ou bien qu'une de ses amies catins lui ait appris. Pourquoi pas le père Graham, ce grand naïf toujours prêt à aider une bonne âme ? Il serait bien du genre à se faire embobiner par la tête candide de ce petit monstre agaçant. Surprenant aussi que ses lectures soient les livres du doc'.
Je me redresse sans répondre immédiatement, attrape un vieux morceau de tissu et essuie lentement ma lame. Sous la lumière vacillante, la carcasse est vide. Il ne me reste plus qu'à la débiter et à ramasser les abats. Encore des heures de travail en perspective. Du revers de la main, j'éponge la sueur qui perle à mes tempes. Il est temps de faire une petite pause. Je jette un drap humide sur l'agneau vidé avant d'aller fouiller dans un des garde-manger.

- Tu lis les livres de Bucker, tu traînes dans ma boutique... Deux choses que ta mère ne doit pas approuver. Deux choses qu'elle ignore aussi, je suppose ? je lance avec une pointe d'amusement.

Je retourne à mon plan de travail, un morceau de miche de pain, une motte de saindoux et un saucisson à la main. Je m'assois sur une barrique vide, adossé contre la table ensanglantée, face à la gamine qui a recommencé à flatter Moon, tout en me beurrant une tartine avec le saindoux. Une fois fait, je pousse le pain, le saindoux et le saucisson vers la gosse, avec le lourd couteau aux multiples usages, au manche bruni par le sang. Je l'observe du coin de l'œil. Elle ne dira pas à sa mère qu'elle est venue me voir. En quelque sorte, ce sera notre petit secret. C'est une bonne chose. Elle a l'âge de voir la mort et le sang. La vraie vie, en somme.

- Amputer, c'est couper un membre malade ou gravement blessé pour sauver le patient, je réponds, avec une satisfaction sinistre. Ça peut paraître horrible, mais il vaut mieux être manchot que mort, pas vrai ? C'est ainsi qu'on sauve pas mal de soldats.

D'ordinaire, je ne suis pas si loquace. D'ailleurs, je crois bien que personne, à Saint-Elmo, n'a eu vent de mon passé de soldat. Personne ne va chercher dans le passé des gens ici, et c'est aussi bien. De toute façon, il suffit que j'enlève ma chemise pour que ce secret s'ébruite. Toutes les filles du Green House lisent les batailles sur ma poitrine.
Et la pièce est lancée. Peut-être que je vais éveiller la curiosité de Jane pour de bon et la mener là où j'ai envie de recueillir des informations...




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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] Dans l'antre du Boucher [pv Bill]   Mar 30 Oct - 0:06

(vraiment désolé!)


- Tu lis les livres de Bucker, tu traînes dans ma boutique... Deux choses que ta mère ne doit pas approuver. Deux choses qu'elle ignore aussi, je suppose ?

Jane se raidit à ses paroles. Allait-il tout lui raconter ? La petite fille lui lança un regard oblique. Il n’avait pas intérêt, si sa mère était mise au courant, Jane passerait un mauvais quart d’heure. Quelle injustice ! Elle savait qu’elle n’aurait pas le consentement de sa mère pour les quelques passe-temps auxquels elle s’adonnait. Jane n’était pas une petite fille menteuse. Une omission n’était pas un mensonge. Comme elle n’avait jamais demandé la permission à sa mère, que celle-ci n’avait donc jamais répondu non, elle n’avait franchit aucune ligne invisible. Tant que sa mère ne lui poserait pas de question directe, Jane n’ébruiterait pas le sujet délicat.

« Deux choses que vous ne lui raconterez pas. »

Parce qu’elle n’avait pas l’âge d’aller partout et de tout faire sans consentement ne voulait pas dire qu’elle devait rester enfermé. Emily savait bien que Jane ne restait pas enfermé. N’était-elle pas inquiète pour sa fille, parfois ?

«… La connaissez-vous ? »

Jane, qui avait recommencé à flatter le cheval, ce cheval si beau et si calme – mais elle les trouvait tous beau – ce cheval qu’elle aurait eu envie de monter, avec la pluie ou non, releva la tête vers le Bill le Boucher. Elle le regarda manger, et une faim lui tenailla l’estomac. Ainsi, lorsqu’il l’invita sans parole à s’en prendre un morceau, elle ne se fit pas prier. Néanmoins, elle eut une hésitation avant de se saisir du couteau, le sang sur le manche semblait incrusté par le temps. Elle mit se détail de côté, jaugeant que la tartine valait bien le coup, et le sang de toute manière sécher. Elle remercia et mangea, en écouta la réponse à sa question avec autant de plaisir. Elle détesta aussitôt la pratique d’amputation.

« Mais s’il vous manquait une main, vous ne pourriez plus travailler. Comment gagneriez-vous votre vie alors ? »

Mais en y pensant bien, Bill avait certainement raison. Si une personne mourrait au lieu d'être amputé, elle ne pourrait pas davantage travaillé, d’ailleurs elle ne pourrait pas faire autre chose non plus. Puis, sautant du coq à l’âne, comme parfois elle avait tendance à faire, elle dit :

« Vous habitez seuls ici ? »


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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] Dans l'antre du Boucher [pv Bill]   Lun 5 Nov - 21:35

Jane me regarde en coin lorsque je mentionne sa désobéissance. Pendant un moment elle ne dit rien, hésitant sur le danger potentiel de voir son secret ébruité. Si elle a deux sous d'intelligence, elle comprendra que ce n'est pas dans mon intérêt d'aller laisser entendre à sa mère qu'elle s'adonne à des choses défendues. D'ailleurs, Emily a bien d'autres choses à penser que sa fille lorsque je lui rends visite... Elle finit par me lancer un regard défiant, bien campée sur ses jambes, me mettant au défi de la contredire :

« Deux choses que vous ne lui raconterez pas ! »

Son ton autoritaire me sidère l'espace d'un instant. Personne n'a jamais osé me parler sur ce ton, encore moins une gamine de huit ou neuf ans. Même si c'est une façon de cacher sa peur d'être punie. Je veux bien m'amuser de ses pitreries si cela peut me permettre de savoir qui est son père, mais un tel comportement n'est pas pardonnable ! À son âge, on est censé savoir où sont les limites et je trouve que ma patience a déjà été bien assez grande. Je la gifle d'un revers.

- On tient sa langue devant les adultes, petite idiote !

La claque sonne à ses oreilles, la réduisant au silence du même coup. Elle a de la chance. Un autre gosse, en d'autres temps, je l'aurais bastonné pour moins que ça. Il en aurait peut-être même gardé les traces à vie, de cette cuisante leçon. J'espère que cette fois, elle comprendra cette petite semonce comme un ultimatum. Une autre bravade de ce genre, et elle risque de garder elle aussi un souvenir indélébile de sa visite.

Pendant un moment, elle reste muette, à tartiner son pain. Au-dehors, l'orage se calme petit à petit ; le tonnerre s'éloigne lentement, la pluie s'amenuise. Aux poutres, la lampe-tempête arrête de tanguer, stabilisant les ombres des peaux et de la carcasse de l'agneau. Quelque part, la cloche de l'église fait faiblement entendre cinq coups.

- Évidemment que je connais ta mère, je finis par répondre avec un sourire torve. Qui ne la connaît pas ici ?

Même si la plupart de ses clients sont ivres morts, ils finissent bien par se rappeler d'elle. Et l'un d'eux l'a même affublée d'une gamine écervelée...
Elle continue de manger, pensive, pendant que j'essuie mon couteau à un revers de mon tablier. Sa mauvaise humeur semble disparaître d'un coup et elle se remet à fureter. Je lève les yeux au ciel. Difficile de croire qu'elle vient de se prendre une correction. Décidément, il ne fait pas bon laisser une fillette aux mains de catins.

« Vous vivez seul ici ? » demande-t-elle tout en retournant flatter Moon, qui se laisse faire avec complaisance.

Je retourne ramasser pain et saindoux dans leur garde-manger, songeant à la façon de lui retourner la question et d'avoir, peut-être, une réponse – chèrement gagnée. En même temps, sa question m'amuse et je ne peux m'empêcher de rire. C'est bien à une gamine de poser ce genre d'interrogations. Avec quelques années de plus, il ne viendrait à l'idée de personne que je puisse supporter la compagnie d'une femme. Enfin, qu'une femme puisse me supporter, aussi. Sans y laisser sa raison ou même sa vie. Qu'on demande à Marguerite...

- Oui, depuis longtemps. Et toi, qui donc prend soin de toi, à part ta mère, hmm ?

Au-dehors, la tempête n'est plus qu'une pluie fine. Le ciel nuageux laisse déjà passer quelques rayons de soleil. La terre trempée fume. Rassuré, Moon quitte lentement son box pour aller mettre le nez dehors. Jane le lorgne toujours avec des yeux gourmands. Je souris dans son dos.

- Vas-y, essaie ! Tu verras bien s'il apprécie ta compagnie !

Je désigne la lice du paddock, près de laquelle ma monture s'est arrêtée. Moon ne se laisse pas facilement monter ; en-dehors de moi, il n'a jamais laissé un cow-boy sur son dos. Ou alors, il l'ignore superbement, jusqu'à ce qu'il se décide à descendre. J'ignore pourquoi il se comporte ainsi, si c'est une preuve d'intelligence remarquable ou de bêtise. Peut-être parce que je l'ai eu jeune poulain. En tout cas, personne n'a jamais réussi à me le voler. Et la jeune Jane Brown va probablement prendre une autre leçon sur les conséquences de la curiosité...

(désolé, ce n'est pas de la grande littérature, mais je manque un peu de temps:) )




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